Cerveau et IA ? À l’heure où l’intelligence artificielle s’impose dans notre quotidien, une question essentielle émerge : quels sont ses effets sur nos capacités cognitives ? Mémoire, attention, créativité, esprit critique… l’IA transforme-t-elle notre manière de penser au point de fragiliser notre cerveau, en particulier chez les plus jeunes ? Cet article propose un éclairage scientifique et nuancé pour mieux comprendre les enjeux et adopter un usage raisonné de ces technologies.

C’est quoi une IA ?

IA : intelligence artificielle

L’intelligence artificielle est aujourd’hui partout dans notre quotidien :

  • moteurs de recherche
  • réseaux sociaux
  • publicité en ligne
  • appareils connectés
  • transports
  • santé, etc.

Son développement débute au milieu des années 1950.

Un cap majeur est franchi en novembre 2022 avec l’ouverture au grand public de OpenAI et de son agent conversationnel ChatGPT. Depuis, de nombreux outils similaires ont vu le jour.

Mais au fond, de quoi parle-t-on exactement ?

Comment définir l’intelligence artificielle ?

Le Ministère de la Culture définit l’intelligence artificielle comme : « la compréhension de mécanismes de la cognition et de la réflexion, et leur imitation par un dispositif matériel et logiciel, à des fins d’assistance ou de substitution à des activités humaines. »

L’intelligence artificielle générative est quant à elle définie comme : « une branche de l’intelligence artificielle mettant en œuvre des modèles génératifs, qui vise à produire des contenus textuels, graphiques ou audiovisuels. »

  • Il est essentiel de comprendre cette nuance :
    L’IA générative produit du contenu.
    Elle ne fonctionne pas comme un simple moteur de recherche.

Une autre définition institutionnelle

Sur le site Éduscol (1), l’IA est définie comme : « tout service numérique fondé sur des algorithmes probabilistes, s’appuyant sur le traitement statistique de vastes ensembles de données sur lesquels ils sont entraînés et capables de produire des résultats comparables à ceux obtenus par une activité cognitive humaine. »

Cette définition met l’accent sur :

  • les algorithmes probabilistes
  • l’entraînement sur de grandes masses de données
  • la capacité à imiter une activité cognitive humaine

Comment fonctionne l’IA ?

L’intelligence artificielle a été développée dans l’idée de reproduire le fonctionnement de notre cerveau.

Son unité de base s’inspire du neurone, la cellule principale du cerveau humain.

Un neurone est capable de :

  • recevoir de nombreuses informations
  • les analyser
  • produire une nouvelle information

Les modèles d’IA fonctionnent sur un principe similaire.

Quels sont les impacts de l’utilisation de l’IA sur le cerveau ?

Une adoption massive… mais encore peu de recul

Entre 2024 et 2025, le nombre d’utilisateurs d’IA génératives en France a augmenté de plus de 40 %.
85 % des 18-24 ans les utilisent personnellement, contre 34 % des plus de 35 ans (2).

L’adoption est rapide. En revanche, le recul scientifique reste limité. Les recherches sont encore récentes et les résultats doivent être interprétés avec prudence. Nous ne disposons pas de certitudes, mais de premières pistes de réflexion.

Le paradoxe de la performance immédiate

L’IA est plus rapide que nous. Le gain de temps constitue l’argument central avancé par ses promoteurs.

Cette promesse séduit naturellement notre cerveau, qui cherche en permanence à économiser de l’énergie tout en maximisant les résultats. Comme la calculatrice ou le GPS avant elle, l’IA agit comme un outil d’assistance intellectuelle permettant d’aller plus loin et plus vite.

Cependant, une tension apparaît entre performance immédiate et motivation intrinsèque.
Une étude (3) menée sur 3 500 personnes montre que l’ennui s’installe plus facilement face aux tâches réalisées sans IA. Les chercheurs observent notamment :

  • une moindre sollicitation de la créativité,
  • une baisse des capacités de résolution de problèmes,
  • une diminution du sentiment d’accomplissement.

À long terme, cette dynamique pourrait favoriser une forme de désengagement.

Une économie cognitive… mais à quel prix ?

L’IA générative prend en charge les tâches les plus exigeantes sur le plan intellectuel : structuration, synthèse, reformulation, parfois même création.

Cette délégation permet une économie d’énergie mentale. Pourtant, ces activités sont aussi celles qui stimulent le plus profondément nos capacités cognitives. Elles participent à l’entraînement du cerveau et à l’entretien des connexions neuronales.

Une utilisation excessive pourrait donc réduire progressivement l’effort mental et affaiblir certaines fonctions si elles ne sont plus suffisamment sollicitées.

Quelles fonctions cognitives pourraient être concernées ?

La créativité

Certaines études (4) montrent que l’IA peut stimuler la créativité individuelle, en proposant des idées ou des pistes nouvelles. Mais à l’échelle collective, un phénomène d’homogénéisation apparaît : les productions tendent à se ressembler davantage.

Les systèmes génératifs fonctionnent en agrégeant et recomposant l’existant. La créativité produite reste dépendante des données d’entraînement. Se pose alors la question du rôle des émotions, de l’intuition et de l’expérience personnelle, dimensions essentielles de la créativité humaine.

Par ailleurs, les résultats générés peuvent favoriser :

  • un lissage des idées,
  • une uniformisation des contenus,
  • un enfermement dans des logiques de confirmation.

L’attention

Depuis plusieurs années, une diminution du temps d’attention soutenue est observée, en particulier face aux écrans.

Des recherches (5) suggèrent qu’une exposition répétée à des formats courts et stimulants pourrait fragiliser les fonctions attentionnelles. Il devient alors plus difficile de maintenir une concentration prolongée et volontaire.

Dans un environnement caractérisé par un flux d’information continu, personnalisé et algorithmique, le cerveau est soumis à une hyperstimulation permanente. Cette surcharge cognitive peut réduire notre capacité à traiter l’information en profondeur.

L’esprit critique

Microsoft a mené une étude (6) qui met en évidence une corrélation entre utilisation des outils d’IA et une baisse de la pensée critique. Les auteurs évoquent une augmentation de l’utilisation de ces outils lorsque les personnes ont plus confiance en l’IA qu’en leurs propres compétences, on parle du transfert de la charge cognitive. Ce qui sous-entend l’acceptation des résultats sans aucune prise de recul pour détecter les erreurs, les biais etc. Une autre étude américaine, parue en 2023 (7), rapporte qu’un usage excessif de l’IA pourrait nuire à notre capacité à développer une pensée structurée et critique.

La chercheuse Maryanne Wolf souligne que, dans la culture numérique, la tendance est plutôt à la lecture en diagonale et au survol : on “scroll”, on picore de l’information en mode zapping. « Quand le cerveau lecteur survole ainsi les textes, il réduit le temps consacré aux processus de lecture profonde », explique Wolf. Conséquence : nous perdons en partie la capacité à saisir la complexité, à apprécier les nuances ou la beauté d’un texte, et à élaborer notre propre pensée en réaction à la lecture.

La mémorisation

L’attention constitue la porte d’entrée de la mémoire. Une diminution de l’attention soutenue impacte donc nécessairement la mémorisation.

Le phénomène dit de « l’effet Google », identifié dès 2011 (8), montre que nous avons tendance à retenir davantage l’endroit où trouver une information que l’information elle-même. Face à une question complexe, le réflexe consiste souvent à consulter un outil numérique plutôt qu’à mobiliser sa mémoire personnelle.

Avec l’essor de l’IA générative, cette tendance pourrait s’accentuer.

Vers une dépendance cognitive ?

La neuroplasticité repose sur l’usage : un cerveau régulièrement sollicité entretient et renforce ses connexions neuronales. À l’inverse, une fonction peu utilisée peut s’affaiblir.

Une délégation excessive des efforts mentaux à l’IA pourrait conduire à :

  • une difficulté à se concentrer sans assistance,
  • une perte d’autonomie intellectuelle,
  • une dépendance cognitive progressive.

Les IA génératives présentent des caractéristiques particulièrement attractives : langage naturel, réponses instantanées, adaptation aux comportements, interaction continue. Cette facilité d’usage peut renforcer l’attachement à l’outil.

Au-delà des enjeux cognitifs, des conséquences sociales et psychologiques sont également envisagées : isolement, dévalorisation face à la performance technologique, fragilisation de la santé mentale.

L’IA est-elle dangereuse pour le développement du cerveau ?

Une recherche encore balbutiante

La recherche sur ce domaine est encore émergente. Une étude récente du MIT (9) a été publiée avant même sa validation par les pairs, car l’auteure principale craint « que dans six à huit mois, un décideur politique décide de créer une maternelle GPT. Je pense que ce serait absolument néfaste », explique-t-elle.

« Les cerveaux en développement sont les plus exposés. »

Elle prône ainsi de « promouvoir le développement du cerveau de manière plus analogique ».

Un enjeu majeur pour les cerveaux en développement

Même si la question de l’impact de l’utilisation de l’IA sur nos cerveaux concerne l’ensemble de la population, l’enjeu est particulièrement important pour les cerveaux en développement.

Les enfants et les adolescents traversent des phases essentielles de structuration cognitive. Toute modification significative de leurs habitudes d’apprentissage peut donc avoir des effets durables.

Les observations du terrain clinique

Le Dr Zishan Khan, psychiatre et spécialiste des enfants et des adolescents, explique qu’il voit de nombreux jeunes qui dépendent fortement de l’IA pour leurs études.

« D’un point de vue psychiatrique, je constate qu’une dépendance excessive à ces LLM peut avoir des conséquences psychologiques et cognitives inattendues, en particulier chez les jeunes dont le cerveau est encore en développement », explique-t-il.

« Ces connexions neuronales qui facilitent l’accès à l’information, la mémorisation des faits et la résilience : tout cela va s’affaiblir. »

L’IA va-t-elle amplifier les effets déjà observés du numérique ?

L’usage excessif des outils numériques réduit les performances cognitives des enfants (10).
La question se pose désormais : l’IA va-t-elle accentuer ce phénomène ?

Céline Gainet, enseignante-chercheuse à Sorbonne Université, explique que, dans le cadre d’une éducation numérique raisonnée, il est recommandé de ne pas donner accès au portable avant l’âge de 15 ans.

L’objectif est de laisser le cerveau se développer pleinement et de permettre aux enfants d’apprendre à raisonner par eux-mêmes.

Une exposition indirecte difficile à éviter

Même sans téléphone personnel, les enfants sont déjà exposés à l’IA de manière indirecte, notamment à travers le comportement de leurs parents.

Cette situation pose un défi pour les adultes. Beaucoup d’entre nous présentent des comportements addictifs vis-à-vis de leurs portables et transmettent inconsciemment ces habitudes aux enfants.

La question de l’IA dépasse donc le cadre scolaire : elle interroge également nos propres usages numériques.

Quid de l’apprentissage face à l’IA ?

L’IA peut remettre en question de façon profonde certains fondamentaux de l’apprentissage, comme le rapport à la connaissance, la construction de cours, la production de devoirs et leur évaluation.
Les fonctions cognitives comme la motivation, l’attention, l’esprit critique et la mémorisation pourraient être mises à mal par une « mauvaise » utilisation de l’IA. Or, ces fonctions, font partie des piliers de l’apprentissage. On peut s’inquiéter pour un cerveau en plein développement, sachant que l’apprentissage structure le cerveau grâce à la neuroplasticité. Apprendre demande d’observer, d’écouter, de se questionner. Structurer le cerveau prend du temps et cela ne se fait pas à la vitesse des outils numériques.

En revanche, l’IA peut aider à identifier les lacunes des élèves et permettre de personnaliser l’apprentissage et d’adapter les méthodes et outils afin que chacun puisse apprendre à son rythme. Elle peut fournir un feedback en temps réel, rendant l’apprentissage plus efficace. Elle peut aussi faciliter l’accès à l’éducation, en fournissant des ressources d’apprentissage en ligne de haute qualité à ceux qui n’ont pas accès à une éducation traditionnelle.
« Son entrée dans l’éducation doit donc se faire tardivement, progressivement et de façon encadrée. » d’après Céline Gainet.

IA or not IA, telle est la question ?

Des bénéfices réels… et des risques à ne pas ignorer

Les technologies digitales favorisent la productivité, les opportunités d’apprentissage et les interactions sociales.

Cependant, leur côté plus sombre réside dans la possible perturbation du développement du cerveau et de certaines fonctions cognitives.

Des recherches complémentaires sont nécessaires pour déterminer l’usage optimal de l’IA garantissant notre santé cognitive. Néanmoins, il convient dès à présent de s’interroger sur nos pratiques.

L’enjeu n’est pas de rejeter l’IA, mais d’en faire un usage raisonné.

Vers un usage raisonné de l’IA

Comment préserver nos capacités cognitives tout en bénéficiant des apports de l’intelligence artificielle ?

Plusieurs pistes peuvent être envisagées :

  • S’éloigner régulièrement des outils numériques : instaurer des périodes sans écrans, privilégier la lecture sur support papier, passer du temps en extérieur.
  • Contrôler volontairement son usage en décidant quand, où et comment utiliser ces outils.
  • Maintenir des plages de concentration sans sollicitation numérique.
  • Pratiquer une activité physique régulière.
  • Exercer sa pensée critique en questionnant les réponses produites par l’IA et en confrontant ses idées à celles d’autres personnes.
  • Entraîner sa mémoire en mémorisant les informations essentielles et en cherchant d’abord dans sa propre mémoire avant de consulter Internet.
  • Développer son système inhibiteur, c’est-à-dire la capacité à résister aux sollicitations immédiates.
  • Stimuler son attention par des exercices de méditation ou par la lecture approfondie.
  • Nourrir sa créativité par des activités non assistées par l’IA.
  • Adopter un usage frugal de l’IA, à la fois pour limiter son impact environnemental et préserver ses ressources cognitives.

Discipline personnelle et responsabilité individuelle

Le neuroscientifique Jean-Philippe Lachaux préconise : « Finalement, devant ces technologies, nous devons nous obliger à faire preuve de discipline personnelle pour en tirer un bénéfice sans perdre sur le plan cognitif. »

Cela suppose d’engager activement son esprit critique et de continuer à exercer ses circuits neuronaux.

L’IA peut constituer un levier puissant pour l’intelligence et la créativité, à condition de rester capable de penser, d’écrire et de créer sans assistance.

Un outil, pas un remplaçant

L’IA est un outil puissant qui offre de réelles potentialités. Les inquiétudes concernent principalement ses usages, notamment lorsqu’ils deviennent excessifs.

L’IA générative doit conserver sa place d’assistant, au même titre que les réseaux sociaux ou les moteurs de recherche. Elle ne doit pas devenir un substitut systématique à l’effort intellectuel.

Notre cerveau n’est pas obsolète. Peut-être devons-nous réapprendre à en valoriser l’usage et à transmettre aux plus jeunes le plaisir de penser, d’imaginer et de créer par eux-mêmes.

N.B. Cet article a été entièrement imaginé et rédigé par un humain. L’IA est intervenue uniquement pour accompagner la structuration et l’optimisation SEO (référencement naturel)

Renvois : 

  1. Eduscol : site officiel d’information et d’accompagnement des professionnels de l’éducation
  2. Baromètre 2025 Ifop pour Talan
  3. Yukun Liu, Suqing Wu, Mengqi Ruan, Siyu Chen and Xiao-Yun Xie. Gen AI Makes People More Productive—and Less Motivated. Harverd business review, May 13, 2025
  4. Doshi AR, Hauser OP. Generative AI enhances individual creativity but reduces the collective diversity of novel content. Sci Adv. 2024 Jul 12;10(28)
  5. Yan T, Su C, Xue W, Hu Y, Zhou H. Mobile phone short video use negatively impacts attention functions: an EEG study. Front Hum Neurosci. 2024 Jun 27;18:1383913
  6. Lee, H., Kim, S., Chen, J., Patel, R., & Wang, T. (2025, April 26–May 1). The impact of generative AI on critical thinking: Self-reported reductions in cognitive effort and confidence effects from a survey of knowledge workers. In CHI Conference on Human Factors in Computing Systems (CHI ’25) (pp. 1–23)
  7. Shanmugasundaram M and Tamilarasu A (2023) The impact of digital technology, social media, and artificial intelligence on cognitive functions: a review. Front. Cognit. 2:1203077
  8. Betsy Sparrow et al. Google Effects on Memory: Cognitive Consequences of Having Information at Our Fingertips. Science. 333,776-778(2011)
  9. Massachusetts Institute of Technology
  10. Nikken, P., and Schols, M. (2015). How and why parents guide the media use of young children. J. Child Fam. Stud. 24, 3423–3435.